22/05 ▒ CINÉMA ▒ "C'est un film sur les hommes gays, qui s'adresse à tout le monde".
Javier Calvo et Javier Ambrossi sont, pour la première fois, en compétition à Cannes.
"La Bola Negra" est leur deuxième film.
Il allie spectacle et profondeur.
Il raconte, à la fois, la guerre d'Espagne et la condition homosexuelle à travers le destin de trois hommes à trois époques différentes.
Pour le scénario, ils se sont appuyés sur le roman inachevé de Federico Garcia Lorca, assassiné par les Phalanges espagnoles en 1936.
Javier Calvo et Javier Ambrossi évoquent les coulisses de leur film, qui pourrait bien séduire le jury cannois.
Extraits.
"Nous étions en vacances à Ibiza et je suis retombé par hasard sur cette œuvre de théâtre, La Piedra Oscura d'Alberto Coneredo, que j'avais vue sur scène, il y a longtemps, à Madrid. J'ai pris le livre pour l'avion et quand j'ai commencé à le lire, tout d'un coup, avant même que l'avion décolle, je me suis senti très ému. Quelque chose s'est passé en moi. J'ai dit à Javi qu'il fallait que nous en fassions un film. Ensuite, il a lu la pièce et il m'a dit : oui, il faut le faire. À partir de ce texte et de La Bola Negra, on a commencé à travailler, à investiguer. Comme ça, une chose en a amené une autre. Nous avons compris qu'il y avait trois façons d'être gay, de vivre son homosexualité sur cette période de l'histoire. Nous avons décidé d'introduire la période contemporaine pour avoir un contrepoint actuel".
"C'est un film sur l'histoire de l'Espagne, sur la condition homosexuelle, sur Garcia Lorca, sur les secrets de famille. On ne voulait pas faire un film pour un public gay, un public LGBT, mais un film pour tout le monde. Parce que les histoires LGBT sont des histoires universelles. On ne voulait pas faire un film à message sur cette question. C'est donc un film sur les hommes gays, mais qui s'adresse à tout le monde. Et c'est un spectacle, parce que c'est un hommage à notre pays, à l'Espagne. On a filmé pendant douze semaines dans les décors naturels magnifiques qu'offre la diversité géographique de notre pays. Du nord au sud. L'autre défi, c'était de croiser les genres, du film de guerre au film intimiste, en passant par la comédie musicale. L'idée, c'était de faire un film d'auteur en grand. Dans le style des films qui nous ont fait aimer le cinéma".
"C'est un film qui parle aussi de la guerre que doivent mener tous ces jeunes hommes à travers l'histoire pour pouvoir vivre leur vie pleinement. Dans le film, on parle d'un héritage, de ces choses dont on a hérité, de ces choses qu'on continue à ressentir au fond de nous-mêmes, comme personnes queer, aujourd'hui encore. Même si nous avons conquis des libertés. C'est aussi une guerre intérieure. C'est une douleur intérieure. C'est une honte intérieure. C'est une boule noire que nous portons à l'intérieur de nous. Le film parle aussi plus largement de ce dont nous héritons tous, de ces guerres familiales cachées, de ce qui a été tu et de la violence provoquée par l'absence de communication. C'est quelque chose que nous portons tous en nous et qui ne peut pas être résolu tant qu'on n'a pas pu en parler. Je pense que si on ne raconte pas les choses, on ne pourra jamais gagner cette guerre".
"Dans le film, il y a de la poésie. La poésie est très importante. D'abord en hommage à Federico García Lorca, qui est le plus grand poète espagnol de tous les temps. Ensuite, dans une époque où les plateformes mettent en avant des contenus où tout doit absolument être compréhensible pour tout le monde, où tout doit être clair, où tout doit avoir un seul sens, la poésie revendique mille façons de voir le monde. Elle offre mille champs d'interprétation. Chaque personne qui lit une poésie la comprend différemment. Parce que dans un monde où il semble qu'il n'y ait qu'une seule direction, la poésie propose la polysémie. Et la polysémie fait toute la beauté de la vie".
"La liberté aussi. Il fallait qu'il y ait dans le film une espèce de réalisme extrêmement fort. Les choses devaient sembler réalistes. Elles devaient sembler vraisemblables. Mais, il était important pour nous de vraiment insister sur la beauté du langage et la beauté des images".
"C'est un film qui vient de notre cœur. Donc, quoi qu'il arrive à Cannes, nous sommes heureux de le partager".

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