06/05 ▒ JUSTICE ▒ Relance de la procédure pour "proxénétisme"...
La Cour d’appel de Paris a ordonné la reprise des investigations concernant "Vivastreet", site de petites annonces.
Accusé d’héberger des centaines d’annonces de prostituées, le site a fermé sa rubrique "Erotica" en 2018.
En 2025, visés par une enquête pour "proxénétisme aggravé", ses dirigeants avaient bénéficié d’un non-lieu.
Les annonces incriminées évoquaient des "massages, moments de relaxation et rencontres courtoises".
Un simple coup de fil permettait de comprendre qu’elles proposaient, en réalité, des rapports sexuels tarifés.
"120 euros la demi-heure, 180 l’heure" expliquait alors une jeune fille qui "recevait" à Paris.
Après avoir définitivement fermé la rubrique, "Vivastreet" pensait aussi en avoir fini avec la justice.
En septembre 2025, la juge, chargée d’instruire ce dossier de "proxénétisme aggravé", rend une ordonnance de non-lieu.
Sauf que...
La Cour d’appel de Paris a infirmé cette décision.
Elle demande le renvoi du dossier à l’instruction, où les investigations pourraient désormais reprendre.
Militant contre la prostitution et son engrenage, le "Mouvement du Nid" est à l’origine de ce revirement.
Partie civile, il avait saisi la Cour d’appel pour un "problème de forme".
N’ayant jamais reçu le réquisitoire définitif du parquet de Paris, il a soulevé l’irrégularité de la procédure.
Désormais, l'association entend demander de nouvelles investigations.
En 2016, dans la continuité de l’adoption de la loi visant à pénaliser les clients, de nombreux travailleurs du sexe avaient choisi de reporter leur activité sur Internet plutôt que dans la rue.
"Vivastreet" était devenu une porte d’entrée pour eux.
Lors des investigations, les enquêteurs s’étaient aperçus que la rubrique, "Erotica France", abritait 8 880 annonces qui s’apparentaient à des propositions sexuelles tarifées.
Soit un vrai trésor financier pour les dirigeants du site.
Entre 2013 et 2018, avec un tarif de base de 79,99 euros par mois et par annonce, la rubrique "Erotica" a généré un chiffre d’affaires de plus de 33 millions d’euros.
Durant l'enquête, plusieurs employés de "Vivastreet" ont été interrogés.
Ils ont expliqué qu’ils "modéraient les annonces pour éviter que des propositions trop explicites ou des photos trop vulgaires apparaissent".
Tout en étant conscients de la vraie nature des propositions.
"Dès mon arrivée, j’ai bien compris que c’est la section Erotica qui générait le plus d’argent et qui faisait tourner la boîte" avait expliqué l’un d’entre eux.
Avec, en toile de fond, le proxénétisme.
"En fait, sur des annonces de femmes, c’était souvent des hommes qui téléphonaient pour demander pourquoi l’annonce n’était pas passée. Il me semblait que j’avais affaire à des macs".
Suite au rejet du non-lieu, les investigations peuvent reprendre.
"Ce dossier a été délaissé pendant dix ans. Aujourd’hui, nous nous réjouissons de cette décision de la cour d’appel" confient les avocats du "Mouvement du Nid".
"La cour d’appel a bien en tête les enjeux liés à la prostitution et à la manne financière qu’elle représente. Nous espérons désormais que le nouveau juge d’instruction reprendra l’affaire en ce sens".

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