13/04 ▒ ATHLÉTISME ▒ "Il y avait un cumul : LGBT, athlète, noir".
Il y a des trajectoires sportives et des trajectoires de vie.
Les premières se font dans les stades, les secondes se jouent dans la sphère intime.
Celle de Diego Milla, sprinteur français sur 400 mètres, s'est jouée sur les deux plans.
Et avec des normes, des regards et des silences.
Longtemps, il a été ce que l’on attendait de lui.
Solide, endurant, irréprochable.
Un "vrai" athlète.
Mais, derrière cette image, une autre réalité s’écrivait, plus discrète, plus fragile aussi.
Jusqu’à décider de ne plus choisir entre homosexualité et athlétisme.
"J’ai commencé l’athlétisme à l’âge de 10 ans. Tout est devenu plus sérieux à 17 ans, lorsque je me suis qualifié pour mes premiers championnats de France. J'ai terminé troisième. L’été suivant, les chronos sont devenus intéressants. J'ai bien progressé et obtenu le statut de sportif de haut niveau. Je poursuis mes études et je me projette aussi dans une vraie carrière d’athlète. Je voulais combiner les deux, montrer que je pouvais y arriver. Que je pouvais être sportif, étudiant… et gay".
"Comme j’ai commencé l’athlétisme très jeune, je me suis construit dans ce sport. Et il y a des discours que j’ai intégrés très tôt. Dans le 400 mètres, une discipline très dure, tu dois être un bonhomme, endurer, être fort. À l’entraînement, j’ai très souvent entendu : on n’est pas des pédés, on n’est pas des pédales. Je me souviens d’un partenaire d'entraînement qui, sans connaître mon orientation sexuelle, avait lancé : allez les gars, on est des guerriers, pas des gays. Ces phrases ne sont pas toujours pensées comme homophobes, mais elles s’inscrivent dans une vision stéréotypée de l’homme fort dans le sport. Et elles créent une forme de dualité".
Et Diego Milla de s'interroger sur son identité.
"J’avais du mal à comprendre qui j’étais. Je me sentais profondément athlète, avec l’envie de correspondre à cette image d’homme fort, viril, qui tient et serre les dents. Mais à côté, je sentais que j’étais différent, que j’étais attiré par les hommes. J’avais un côté plus efféminé, plus fragile. Pour moi, ces deux mondes étaient incompatibles. Et il y avait un cumul : être LGBT, être athlète, être noir. J’accumulais les clichés et les stéréotypes sur lesquels on a des attentes. Et à chaque fois, j’étais en décalage".
Pour Diego Milla, les premières questions sont arrivées à la fin de l’école primaire.
Rien de frontal, plutôt des sensations.
"Dans le monde de l’athlétisme, cette partie de moi était comme éteinte. Les propos homophobes ne me touchaient pas vraiment. Je ne me sentais pas concerné, alors qu’au fond, je savais que si. Ce déni me protégeait. J’avais construit une forme de bouclier, toxique, qui m’empêchait de me regarder en face".
"Tout restait flou. D’autant que je n’avais jamais eu de relation avec des hommes. J’ai été en couple avec une fille pendant cinq ans, jusqu’en 2018. Puis, avec une autre pendant plus d’un an. C’est cette deuxième relation qui m’a ouvert les yeux".
Mais, reconnaître son homosexualité n'est pas si simple.
Surtout quand on doit correspondre à l'image du parfait athlète.
"Combien de fois je me suis demandé : pourquoi je ne suis pas hétéro ?".
"Progressivement, j’en ai parlé à mes proches et à ma famille. Les retours ont été extrêmement positifs et bienveillants. Ça été une véritable délivrance. Mais, aussi un choc. À partir de ce moment-là, les paroles entendues à l’entraînement me touchaient beaucoup plus. Je les prenais personnellement. Je savais qu'après l'entraînement j'allais retrouver mon copain. Mentalement, c’était plus difficile".
Finalement, Diego Milla décide de faire son coming-out grâce à un ami proche et une photographe.
"Dans le cadre de l’Olympiade culturelle des Jeux de Paris, elle souhaitait travailler avec un athlète. Ensemble, nous avons imaginé une série mêlant un corps athlétique à des images plus douces. Quand elle a exposé, j’ai décidé de faire mon coming-out sur les réseaux sociaux".
"À l’entraînement, à mon retour, ça a été un non-sujet pour beaucoup. J’ai reçu beaucoup de soutien. Il reste parfois des phrases limites, mais j’ai le sentiment qu’elles sont moins fréquentes. Et surtout, je les comprends autrement".
Et Diego Milla de vouloir ouvrir des portes.
"Aujourd’hui encore, il y a très peu de représentation dans le sport. Après mon coming-out, plusieurs athlètes sont venus se confier à moi. Ça m’a donné envie de créer du contenu utile, qui aide les autres. Si je peux contribuer, même modestement, à faire avancer les choses, c’est déjà beaucoup".
Désormais, il dit avoir une nouvelle pression, mais positive celle-là.
"Celle de performer en tant qu’athlète gay".

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