11/03 ▒ FICTION ▒ "Le sujet m’a semblé fort, mais délicat".
À partir de ce soir, France 2 propose la série, "L’Affaire Laura Stern".
Cosignée par Marie Kremer et Frédéric Krivine, l'histoire suit Laura Stern, pharmacienne et mère de famille sans histoire, qui a fondé une association d’aide aux femmes victimes de violence.
C'est alors que l’une de ses protégées est tuée sous ses yeux par son ex-conjoint.
Face à la faillite du système, elle décide de faire justice elle-même.
Valérie Bonneton, impressionnante dans un rôle loin de ses personnages habituels, se confie sur cette expérience.
Extraits.
"C’est Akim Isker, le réalisateur, qui a pensé à moi pour incarner Laura Stern. J’attendais depuis longtemps de pouvoir jouer dans un registre différent. Et là, j’ai été cueillie. Au départ, je ne savais pas comment aborder ce personnage. C’est un sujet tellement important et complexe. Or, je suis obsédée par la vérité. Autant dans la comédie que dans le drame. Donc, j’étais à la fois très heureuse et un peu effrayée. Mais, j’ai adoré le travail d’Akim et j’ai adoré cette série. C’est pour moi un rôle vraiment très, très fort".
"J'ai été étonnée que l’on ait pensé à moi. Parce que ce n’est pas mon registre habituel. Akim m’a expliqué qu’il sentait en moi une certaine intériorité, une émotion, qui lui semblait juste pour porter ce rôle. J’aime faire rire et la comédie, c’est très compliqué. Ça demande de la profondeur. Mais, j’ai fait le Conservatoire et, dans le fond, j’avais très envie de faire autre chose. Refuser des comédies qui me correspondent moins, choisir des projets comme celui-ci, c’est la direction dans laquelle je veux aller".
"Le sujet m’a semblé fort, mais délicat. Il ne fallait pas tomber dans un féminisme pouvant être perçu comme radical. Laura Stern est un être profondément empathique qui bascule après avoir vu une amie tuée sous ses yeux. Elle ne peut plus accepter que ça recommence et choisit d’agir. Ce qui m’a plu, c’est que le scénario privilégie le point de vue de cette femme ordinaire, qui pourrait être n’importe laquelle d’entre nous".
"On ne connaît pas son passé. Elle a une famille et une vie merveilleuse. Pourtant, elle choisit de les mettre en jeu et de se sacrifier, parce qu’elle n’accepte pas le système. Elle refuse une moitié de vie. Elle sait pourtant ce qui va lui arriver. Son passage à l’acte ressemble à un suicide. Son intégrité m’a touchée".
"Avec Akim, nous sommes allés à la rencontre de femmes victimes de violences dans des associations. Accueillir leur parole a été très difficile. Ça a remué énormément de choses. Mais, chaque rencontre était un cadeau. Et c’est à partir de ce moment-là que nous sommes entrés dans l’histoire. Et ça a continué sur le tournage. Les femmes de la série ne sont pas, pour la plupart, actrices. On est dans le réel. On abandonne tout. Il n’y a plus de performance. On entre dans ce monde-là de façon presque inconsciente".
"Mon véritable challenge était de porter la voix de toutes ces femmes et de rester dans une justesse totale. Sans démonstration. Cette expérience a été aussi merveilleuse que difficile émotionnellement. Elle m’a beaucoup questionnée, m’a bouleversée,; mais m’a fait du bien aussi. D’habitude, je quitte mes personnages assez vite. Laura est restée bien après la fin du tournage".
"On entend parler de féminicides tous les jours. Au point qu’on s’y habitue presque. C’est terrible, mais ça devient une forme de normalité. Malgré tout, je reste positive. Les choses avancent lentement, mais sûrement. La violence n’est pas une fatalité. Deux choses peuvent stopper ces violences : la loi et l’éducation. Quand on donnera la même éducation à un petit garçon et à une petite fille, les choses changeront vraiment".
"Laura Stern, ce n’est pas une série de plus. Elle est presque documentaire. J’espère que les femmes dont le cerveau est grignoté par des phrases insidieuses, qui se demandent si elles sont folles, parce que leur mari le leur répète, pourront la regarder et se dire : en fait, cette série parle de moi. Je dois agir. Il faut que je décide de ma vie".
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