09/03 ▒ PYRÉNÉES-ATLANTIQUES ▒ "Je vis mon homosexualité beaucoup mieux qu'avant".

Joseph a 24 ans. 

Dès l'âge de 16 ans, il a appris à vivre dans la rue.

C'était à Douala, capitale économique du Cameroun, d'où il est originaire. 

Lycéen homosexuel, ses parents le chassent du domicile.

Joseph décide de fuir son pays. 

Après des années d'exil en Algérie, Maroc et Espagne, il découvre le Pays basque. 

Au début, il est SDF à Bayonne.

Il tente de masquer son orientation sexuelle.

Toujours sans papier mais désormais logé, Joseph découvre peu à peu la liberté.

Il milite pour les droits LGBT au sein de l'association, "Les Bascos".

C'est cette dernière qui lui a trouvé un logement.

Jospeh témoigne sur sa vie et ses années difficiles.

Extraits.

"J'ai découvert mon orientation sexuelle très tôt, très jeune, au collège. Je crois que j'avais 11 ans quand j'ai commencé à ressentir cette différence entre moi et les autres. Ce qui faisait que j'étais toujours en retrait de tout le monde. Je restais beaucoup seul. Et j'ai cogité, je me posais des questions. Pourquoi je ne regarde pas les gens de la même façon ? C'était hyper compliqué et il fallait faire avec. Déjà, je n'avais pas l'information. Je ne savais pas comment m'y prendre, ce que c'était. Je ne savais pas qui approcher et avec qui parler. En Afrique, l'homosexualité est hyper taboue. Je ne savais même pas qu'on appelait ça l'homosexualité. C'est plus en grandissant que j'ai appris certaines choses. J'ai essayé de m'informer et c'est là que j'ai découvert que vraiment j'aimais les garçons. À ce moment-là, j'ai compris que j'avais un combat à mener. Celui de me protéger, de le garder secret. Donc, je vivais caché".

"J'avais peur d'approcher les mecs. Il fallait tout faire pour rester discret, avoir un visage d'homme, masculin. Il fallait que tout soit parfait. Je n'avais pas de relations à ce moment-là. Impossible".

"Mà, ma famille découvre qui je suis. En fait, c'était un voisin du quartier. On a commencé à se fréquenter au lycée. Quelque chose s'est passé entre nous. Et plus on était proches, plus on découvrait qu'on s'aimait. C'est cette amitié très proche qui a poussé mes parents à fouiller dans mes affaires et à trouver des lettres d'amour qu'on s'échangeait. Je me suis retrouvé bastonné, injurié, humilié en plein public. J'étais à la rue à 16 ans. Je ne savais pas ce que c'était la rue. Je ne savais pas ce que c'était de vivre seul. C'étaient des moments difficiles".

"C'est dans la rue que j'ai rencontré plusieurs personnes qui m'ont soutenu. Elles m'ont expliqué comment faire pour s'en sortir, pour manger, pour vivre, pour prendre une douche. C'est là que je me suis fait un ami. C'est de lui que vient l'idée de quitter le pays".

"Donc, je quitte Douala. Ensuite, on a quitté le Cameroun pour le Nigeria. On se débrouillait. À la base, on devait s'arrêter en Algérie, parce que des amis y étaient déjà. Quand je suis arrivé en Algérie, j'ai compris que j'étais deux fois plus en danger, parce que c'est un pays musulman. Et avec l'homosexualité, c'est encore plus dur. Je me suis retrouvé au Maroc".

"C'est au Maroc qu'est née l'idée de l'Europe. C'est là que je découvre que je peux vivre mon homosexualité librement et simplement. J'arrive en Espagne. Et en Espagne, je commence à voir une différence. Je réalise que je peux vivre comme je l'entends. Mais, il y avait une barrière : la langue. Je suis parti pour la France".

"Je me suis rendu compte que ce n'était pas comme en Espagne. Là-bas, je voyais des jeunes qui se baladaient main dans la main et tout. C'est quelque chose que je n'ai pas vu à Bayonne. Je ne voyais pas de couples homosexuels dans les rues. C'est ouvert, mais il y a une crainte aussi de s'afficher. C'est cette crainte qui m'a poussé à voir s'il y avait des associations LGBT, des lieux de rencontre. À ce moment-là, je vis encore dans la rue".

"En venant en France, je croyais que je pouvais vivre librement ma vie. Mais, non. Je continuais à vivre comme un mec hétéro. Je me sentais de plus en plus seul. Je me suis rendu compte qu'il fallait patienter encore".

"J'ai eu la chance d'être accueilli dans un foyer. C'est un endroit où on ne restait pas pour longtemps. J'avais un endroit où je pouvais me doucher, manger, laver mes vêtements, dormir tranquillement. C'est là que j'ai commencé à chercher, à faire connaissance avec des gens, à savoir comment ça se passe au Pays basque. C'est là que j'ai cherché sur Internet les endroits, les milieux LGBT. J'ai découvert l'association, Les Bascos. C'est grâce à un des adhérents que j'ai vraiment commencé à me sentir bien, apaisé, épanoui. Je respirais".

"Aujourd'hui, j'ai 24 ans. Il y a encore beaucoup de chemin à faire. L'une des choses qui me bloque, c'est de ne pas avoir de travail et pas de carte de séjour. Je limite mes déplacements, mes fréquentations dehors. Je me suis fait beaucoup d'amis français, basques. Dans toutes les familles où j'ai été invité, j'ai toujours été le bienvenu".

"Je suis un adhérent très actif au sein de l'association. J'interviens là où on a besoin de moi. J'assiste des homosexuels qui viennent d'arriver au Pays basque".

"Aujourd'hui, je peux dire que, même si je ne la vis pas totalement, je vis mon homosexualité beaucoup mieux qu'avant. Je dirais que j'ai trouvé ma place au Pays Basque".

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