26/02 ▒ POLITIQUE ▒ Deux ans pour quelque chose ou pour rien ?
Le 11 janvier 2024, Rachida Dati est nommée ministre de la Culture.
Pas de quoi réjouir le monde culturel, qui pointe sa méconnaissance du secteur.
Hier, Rachida Dati a démissionné pour se lancer dans la conquête de la mairie de Paris.
À l'heure du bilan de ces deux années, elle s'attire critiques ou louanges.
De façon extrêmement tranchée.
"Elle a été une ministre courageuse, qui a défendu la cause de la culture et du patrimoine" selon Alexandre Portier, président LR de la Commission des affaires culturelles à l'Assemblée nationale.
"Nous n'avons pas eu une ministre de défense de la culture. Il y a eu peu ou pas de projets" selon Sophie Taillé-Polian, députée écologiste.
"C'est plus son style, brut de décoffrage, qui restera. Le fond est un peu famélique" estime Julien Odoul, député RN.
Bilan mitigé ?
En arrivant au ministère, Rachida Dati avait une ambition.
Celle de réconcilier les Français éloignés des grandes périphéries avec le monde culturel.
"Je veux rendre la culture encore plus présente, dans les villes, les régions et les territoires. Il nous faut bâtir une nouvelle culture populaire pour tous" déclarait-elle à son arrivée au ministère.
Cette volonté se traduira par le "Plan Culture et Ruralité", présenté en juillet 2024 et destiné à favoriser l'accès à la culture en milieu rural.
"Elle a eu une action forte sur ce sujet. Les autres ministres étaient souvent des urbains avec une politique culturelle longtemps à destination des grandes villes" assure Alexandre Portier.
"Beaucoup se sont moqués de son action avec les campings, mais c'est utile d'ouvrir la culture à tous" ajoute Laurent Lafon, président LR de la Commission Culture du Sénat.
D'autres sont bien plus dubitatifs sur ses résultats en matière de démocratisation de la culture.
Autre sujet : l'audiovisuel public.
Rachida Dati défend la proposition de loi visant à créer une holding pour chapeauter France Télévisions, Radio France et l'INA.
Et elle va plus loin.
Elle plaide pour fusionner ces entités.
Entités qui se mobilisent contre elle.
Finalement, Rachida Dati recule et revient au projet initial.
Malgré l'absence de majorité à l'Assemblée nationale, elle s'accroche à cette réforme, qui n'a toujours pas vu le jour.
En effet, il manque un dernier vote des députés, qui n'a pas été programmé.
"Elle a à tout prix voulu cette réforme et c'est un échec. Elle a utilisé une méthode brutale" se moque un député du camp présidentiel.
"Elle s'est acharnée sur cette réforme, alors que ce projet n'avait pas de majorité. Elle aurait dû en prendre conscience au lieu de s'entêter" fustige Sophie Taillé-Polian.
"Rachida Dati a contribué à affaiblir l'audiovisuel public. Elle n'a pas été en soutien au moment où l'audiovisuel public a été très critiqué par des groupes privés" lance une députée macroniste.
Mi-novembre 2025, Rachida Dati fait part de son mécontentement par rapport à la plainte déposée par France Télévisions et Radio France contre les médias du groupe Bolloré.
En début de mois, elle met en cause l'équipe de "Complément d'enquête" sur France 2.
Elle affirme que de l'argent aurait été proposé par le biais d'un tiers à l'un de ses proches pour témoigner à charge contre elle.
Les journalistes ont catégoriquement démenti.
Au-delà de l'audiovisuel public, les spécialistes de la culture regrettent que Rachida Dati n'ait pas traduit dans la loi les États généraux de l'information, voulus par Emmanuel Macron.
Le but étant de garantir l'indépendance et le pluralisme de la presse.
Durant sa présence au ministère de la Culture, Rachida Dati aura été rattrapée par une actualité peu glorieuse le spectaculaire casse au Louvre.
"Elle a tenu à faire toute la lumière sur le sujet. Elle nous donne toute la matière pour éplucher ce qui n'a pas pu marcher" se félicite Alexandre Portier.
Toutefois, deux jours avant sa démission, Rachida Dati a acté l'abandon de la mission de réorganisation du musée, qu'elle avait pourtant elle-même annoncée après le vol.
Avant de partir, elle a également défendu le budget de son ministère.
Résultat ; le budget de la culture s'élève à 4,2 milliards d'euros, hors audiovisuel public.
Soit 200 millions d'euros de moins qu'en 2025.
Du côté de l'audiovisuel public, le budget, qui s'élève à 3,9 milliards d'euros, a été amputé de 86 millions d'euros pour 2026.
Sans surprise, l'opposition a critiqué ces coupes financières.
D'autres critiquent le calendrier de Rachida Dati.
Un calendrier très centré sur la campagne des municipales à Paris.
Elle rêve depuis longtemps de prendre le fauteuil occupé par Anne Hidalgo.
Interrogée sur son équilibrisme entre ministère et campagne électorale, elle avait déclaré "qu'il y a pas d'incompatibilité".
Pourtant, ses opposants n'ont pas vu d'un bon œil cette double casquette.
"Le ministère de la Culture a été le moyen pour elle de se propulser aux municipales. Malgré un immobilisme patenté, il fallait rester jusqu'au bout pour profiter de la place et préparer sa campagne. Elle s'est plus servie du ministère de la Culture qu'elle ne l'a servi" dénonce Julien Odoul.
Au sein du bloc central, certains sont plutôt du même avis.
"Ça a été un ministère tremplin pour sa campagne à Paris" accuse un élu.
"Elle a atteint ses limites dans une forme de ligne de crête entre son attachement à l'audiovisuel public et sa volonté de ne pas se fâcher avec les médias Bolloré. Son ambition pour Paris l'a conduite à manquer de courage" ajoute un député du bloc central.
Il est à noter que Rachida Dati ne s'est jamais exprimé sur le maintien à l'antenne de CNews de Jean-Marc Morandini, définitivement condamné pour corruption de mineurs.
Il s'est finalement retiré de lui-même.
Désormais, Rachida Dati compte bien se consacrer exclusivement aux élections municipales.
Face à Emmanuel Grégoire, elle attaque déjà.

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