06/10 ▒ SANTÉ ▒ Quand l'excès de poitrine tourne au cauchemar...
"Plus je grandissais, plus j’avais l’impression de ne voir que ça" confie Sofiane, 26 ans.
"Ça", c’est sa poitrine qui a commencé à se développer de manière importante à partir de ses 21 ans.
Progressivement, le jeune homme arrête de porter des t-shirts serrés.
Se rendre à la piscine ou sur une plage devient insupportable.
"J’avais du mal à me mettre torse nu".
Il y a deux ans, sentant une boule douloureuse dans sa poitrine, l’étudiant infirmier redoute un cancer du sein et se décide à consulter son médecin.
Après une échographie mammaire et testiculaire, suivi d'un bilan hormonal, le verdict tombe.
Sofiane n’a pas de cancer, mais une gynécomastie.
Cette augmentation anormale du volume de la glande mammaire chez les adolescents et les hommes âgés de plus de 50 ans.
La gynécomastie est généralement liée à un déséquilibre entre les hormones sexuelles.
"Elle peut être due à une hypersécrétion d’estradiol, hormone féminine, ou à un manque de testostérone" explique Jacques Young, professeur d’endocrinologie à l’hôpital Bicêtre, à Paris.
"La baisse de la testostérone, appelée hypogonadisme, peut être liée à une anomalie testiculaire".
Une palpation et une échographie permettent de rechercher une éventuelle tumeur.
Des maladies génétiques ou chromosomiques peuvent également être en cause.
Comme le "syndrome de Klinefelter", caractérisé par une diminution de la taille des testicules et associé à une infertilité masculine.
En outre, des médicaments, notamment ceux utilisés contre le cancer de la prostate ou l’hypertension, peuvent aussi provoquer une gynécomastie.
"Chez certains hommes qui pratiquent du bodybuilding, la prise de testostérone peut conduire à une gynécomastie" souligne Frédéric Picard, chirurgien plasticien.
"Mais, dans de nombreux cas, après avoir fait tous les examens, aucun facteur déclencheur n’est identifié. On parle alors de gynécomastie idiopathique".
Plusieurs amis de Sofiane étaient persuadés qu’il s’agissait d’une question de surpoids.
"Certains me disaient qu’il suffisait que je fasse du sport pour que cela disparaisse. Mais, je voyais bien que ma poitrine augmentait sans que je prenne du poids".
Parmi les patients de Frédéric Picard, beaucoup ont multiplié les pompes pour retrouver leur torse plat.
"La phrase qui revient le plus, c’est : Même quand je suis maigre, j’ai toujours de la poitrine".
Lorsque la cause est identifiée, elle est traitée en priorité.
"On peut prescrire une supplémentation en testostérone ou dérivé de la testostérone en gel. Ça peut aider, même si son efficacité n’a pas été scientifiquement prouvée".
L’opération est parfois envisagée.
L’intervention consiste à retirer l’excès de glande mammaire.
"La plupart des questions portent sur la cicatrice, mais elle dépend beaucoup de l’ampleur de la gynécomastie" estime Frédéric Picard.
"Il faut retirer la glande, la graisse, un peu de peau et rétrécir les aréoles. Dans ce cas, la cicatrice peut faire jusqu’à douze centimètres de longueur, mais on essaie de l’éviter au maximum".
Sofiane a finalement décidé de se faire opérer.
Il a la sensation d'avoir "retrouvé mon torse d’avant".

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