26/09 ▒ SOCIÉTÉ ▒ Les acteurs X gays dénoncent le projet de loi...
"J'aimerais qu'on arrête de parler à notre place et que le Parlement nous écoute".
Fabio Stallion est créateur de contenu pornographique gay.
Mardi, en commission à l'Assemblée nationale, les députés ont adopté l'article 25 d'une proposition de loi "pour répondre aux violences sexistes et sexuelles faites aux femmes et aux enfants".
L'objet de cet article ?
Faire entrer certaines activités des plateformes aux contenus X dans la définition du proxénétisme.
Un délit passible de sept ans de prison.
La profession craint de voir son modèle économique bouleversé.
En outre, suivant l'exemple d'un texte adopté en Suède, le dispositif prévoit une amende de 1 500 euros pour certains clients.
Le texte doit encore être débattu et pourra évoluer en séance publique.
D'ores et déjà, les acteurs gays sont déjà très inquiets.
D'abord, ils ne ressentent pas le besoin d'être protégés.
"On kiffe ce qu'on fait" déclarent Fabio Stallion et Tony Silver, son compagnon.
"J'ai choisi de vivre de ma passion" ajoute Kinkoer.
"J'ai décidé de quitter un boulot, pourtant correctement payé et qualifié pour faire du X" rappelle Maxime Andolini.
Il ne voit pas pourquoi son choix serait remis en question par la loi.
"Un jour, en 2020, j'ai dit à mon copain que ça m'amuserait de poster une photo de ma bite sur Twitter. Il m'a dit de me faire plaisir et j'y ai pris goût. J'adore savoir que je peux procurer du plaisir aux gens" ajoute l'acteur et producteur.
Il se prend régulièrement en photo, le nombre de ses abonnés explose.
Maxime Andolini voit qu'il peut rapidement se faire de l'argent de poche en parallèle de son travail dans un cabinet d'architecte.
Kinkoer, lui, est entré dans le métier avec moins d'étapes intermédiaires.
Habitué de la scène fétichiste, il fait la connaissance d'un acteur renommé et le courant passe immédiatement.
"Il m'a proposé de monter sur scène avec lui pendant une performance de fist. J'ai adoré l'expérience et l'esprit communautaire de la famille fétiche. Contrairement à ce que semblent croire ces parlementaires. on prend carrément notre pied et on en redemande !".
Kinkoer travaille à la fois sur les plateformes et pour des studios pornographiques.
Il apprécie son activité libérale, qu'il partage avec une autre activité de tatoueur.
Pour tous ceux qui témoignent, le passage au cinéma X n'est pas un choix par défaut.
"Je suis grand. J'ai un doctorat en virologie. Si j'avais voulu faire un métier plus conventionnel, j'en avais tout à fait les moyens" s'agace Tony Silver.
Avant de dresser un constat implacable.
"J'ai été caissier chez Carrefour, c'était bien pire. C'est très physique, tu te prends des remarques désobligeantes de clients, tu dois récurer des trucs dégueulasses. Dans mes vidéos, je n'ai jamais eu à faire des trucs qui ne m'ont pas plu".
Évidemment, un métier est un métier.
Tout n'est pas si enthousiasmant.
"Faire des vidéos, ça me demande du temps, parce que je vais chercher à les rendre intéressantes".
En outre, il propose des vidéos privées, qui supposent un revenu supplémentaire.
"Le tournage, c'est 1% du temps de travail" explique Maxime Andolini.
"Entre l'Urssaf, le montage, les formulaires de consentement, le marketing sur les réseaux sociaux et la représentation au sein de la communauté, être acteur dans le X, c'est avant tout diriger une société, une image, des finances".
Outre leur propre business, les créateurs de contenus X craignent que leurs collaborateurs soient également ciblés par la loi.
Ce que ne précise pas le texte des députés.
"Lorsque je filme mon mec pendant une scène, cela fait-il de moi un proxénète ?" interroge Tony Silver.
"Et dans ce cas, pourquoi l'Urssaf ne serait pas à son tour considérée comme proxénète ?" ajoute Fabio Stallion.
Reste l'un des arguments avancés pour défendre l'article 25.
"Le monde virtuel, à l'heure actuelle, c’est la jungle. On n'a rien pour faire en sorte que ces jeunes filles et jeunes hommes puissent être protégés" soutient Isabelle Rauch, députée Horizons et co-rapportrice du texte.
Pourtant, la plupart des plateformes ont mis en place des garde-fous.
"Sur OnlyFans, toute personne qui apparaît sur une vidéo doit avoir déclaré son consentement dans l'application" rapporte Fabio Stallion.
"C'est très contrôlé. Même si la personne ne montre pas son visage, même si on ne voit qu'une main, il est nécessaire que cette personne remplisse un formulaire. Et l'identité est vérifiée par l'intelligence artificielle. Avec reconnaissance 3D du visage, comme lorsqu'on signe un contrat chez le notaire".
Maxime Andolini confirme, qu'à ses yeux, les plateformes comme "Onlyfans" sont prudentes en matière de dérive.
"Si jamais tu as une goutte de pisse dans ta vidéo, parce que tu voudrais faire de l'uro, l'envoi saute. Pareil pour les plans en extérieur, considérés comme un outrage public à la pudeur".
Ceci dit, sur ces deux points, les plateformes appliquent chacune leurs propres règles.
En conclusion, Fabio Stallion et Tony Silver ont une proposition à faire aux députés.
"Ce qui nous entrave dans la vie, c'est la stigmatisation à laquelle on doit faire face et sur laquelle la société devrait pouvoir travailler. Lors de l'ouverture d'un compte bancaire professionnel, au moment de nous donner notre carte bancaire, le directeur de l'agence a fait machine arrière déclarant que nous aurions dû lui préciser la nature de notre activité".
Les débats sur ce projet de loi débuteront le jeudi 1er octobre 2026.

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