21/09 ▒ CINÉMA ▒ Plongée troublante au sein d'une communauté transgenre...

Petit pays enclavé entre l'Inde et le Tibet, le Népal compte près de 30 millions d'habitants.

Réputé pour ses sommets vertigineux, il vient d'être endeuillé par une coulée de boue meurtrière. 

C'est dans ce contexte que sort "Les Éléphants dans la brume", mercredi dans les salles.

Un voyage inattendu au pied de l'Everest avec une communauté transgenre.

"Tu as croisé des éléphants ou quoi ?".

Au début du film, Apsara tente vainement de ralentir la marche de Pirati, qui se faufile dans une jungle épaisse. 

Les deux femmes vivent dans un village situé en lisière d'une forêt dangereuse, peuplée d'éléphants d'Asie.

On y voit un superbe panorama, à la fois paisible et inquiétant.

Il ne sera pas celui qu'on avait imaginé en allant voir le film.

Les héros ne sont pas les éléphants, mais des femmes transgenres.

Abinash Bikram Shah, réalisateur, confie avoir "toujours été touché par la résilience des membres de la communauté et leur notion de la famille qu'on se choisit. Ce lien de parenté qui n'est pas un lien du sang, mais celui d'un besoin, d'une attention, d'un amour en partage".

Il dit avoir eu l'idée de son film grâce à Internet.

"Je suis tombé sur des vidéos où l'on voyait des transgenres du Népal s'amuser, être heureuses. Ce qui m'a frappé, c'est le contraste saisissant entre ces petits clips pleins de vie et la méchanceté des commentaires. Mais, ça ne les empêchait pas de continuer à vivre sans se cacher".

Pirati est une femme transgenre que le gourou de la communauté a intronisée "mère de foyer".

Active et volontaire, elle veille sur ses trois filles adoptives.

La plus fragile, Apsara, a connu les affres de la prostitution.

Comme c'est le cas pour de nombreux transgenres du pays. 

Alors, ces femmes s'inventent une famille, un cocon protecteur. 

Elles vivent en harmonie avec les villageois.

Tout en décrivant la vie de ses transgenres, le film vire à l'enquête policière, quand la fille de l'une d'elles disparaît.

Alors, on plonge dans les milieux glauques de la société népalaise.

La transphobie et l'exclusion auxquelles ces femmes pensaient pouvoir échapper en s'intégrant sans faire de vagues ne vont pas tarder à resurgir.

Le film reflète l'ambiguïté de la société vis-à-vis des membres de cette communauté au Népal.

Ces femmes transgenres sont souvent rejetées, mais elles sont aussi des figures spirituelles protectrices dont on cherche à s'attirer les bonnes grâces. 

Le réalisateur regrette que, "trop souvent, on les caricature ou on les prend en pitié. Je voulais en donner un regard plus vrai, les montrer dans toutes leurs contradictions, leur gentillesse et leur dignité".

Finalement, le film pose une question essentielle.

Quelle est notre place et que faut-il sacrifier pour devenir nous-mêmes ? 

Le réalisateur espère que "cette histoire dissipera ne serait-ce qu'un peu du brouillard de nos préjugés".

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