18/09 ▒ LIRE ▒ Les LGBT en ruralité : des avancées lentes...

Dans "Fiertés d’ici", qui paraît aujourd'hui, deux sociologues invitent à changer de regard sur les expériences vécues par les minorités sexuelles et de genre, qui grandissent à la campagne. 

Arnaud Alessandrin et Clément Reversé dépeignent des espaces ruraux en mutation.

Loin des idées reçues.

On estime que 850 000 jeunes LGBT vivent à la campagne. 

Jusqu’ici, personne ou presque ne les avait étudiés.

"La recherche s’est longtemps cantonnée aux villes, considérées comme une sorte d’eldorado pour les LGBT" analyse Arnaud Alessandrin, sociologue.

"Ce livre revient sur l’opposition supposée entre une ruralité fermée, conservatrice, homophobe et des espaces urbains attractifs et ouverts. On vient montrer que la réalité est bien plus ambivalente que cela".

Aujourd’hui encore, la campagne peut être vue comme un laboratoire des discriminations anti-LGBT.

Ceux qui y ont grandi jugent, en moyenne, leur famille moins soutenante que ceux ayant grandi en ville. 

75% ont le sentiment d’être discriminés.

Parmi ces derniers, 88% déclarent avoir été victimes de violences.

Contre 82% en milieu urbain.

À la campagne, les LGBT doivent composer avec une contrainte spécifique : le poids des regards et des réputations. 

"Dans ces lieux où tout le monde se connaît, le contrôle social pèse sur ceux qui ne sont pas dans la norme. Ils doivent plus souvent cacher leur identité, la masquer" explique Arnaud Alessandrin. 

Dans ces conditions, pas facile de sortir du "placard rural" » quand on manque de modèles visibles, de lieux de sociabilité et d’accès aux associations dédiées.

Ceci dit, le tableau n’est pas si noir.

"Un tournant générationnel s’est opéré. D’abord avec l’arrivée d’Internet, entre les années 2000 et 2010, puis au début des années 2020 avec une structuration du mouvement LGBT à la campagne" souligne Arnaud Alesandrin.

Aujourd'hui, il est vrai que les jeunes LGBT  peuvent militer en ligne, participer à des Gay Pride rurales et se rendre plus facilement dans des centres d’aide.

Toutefois, pour avoir le sentiment d’être intégré à la communauté LGBT locale, ils doivent avoir le soutien des autres.

"Le sentiment d’appartenance dépend principalement de trois critères : l’importance des discriminations, le poids des amitiés et l’acceptation des familles. D'autres phénomènes, comme celui de classe sociale, sont aussi à l’œuvre".

En revanche, Arnaud Alessadrin rejette le stéréotype de "la campagne réactionnaire, d’où les LGBT veulent partir pour ne plus jamais revenir".

Au contraire, "Fierté d’ici" livre le récit d’une jeunesse attachée à son territoire.

A contrario de l'image d’une ruralité figée dans le passé, l'ouvrage montre "un espace des possibles, en pleine mutation".

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