08/09 ▒ SOCIÉTÉ ▒ Addiction au sexe : en parler, c'est déjà bien...

"Ça fait deux jours que je n’ai pas consommé et je me sens un peu fragile. Mais, je tiens le coup".

Avec Maël, ils sont une dizaine au sein du centre de santé sexuelle, "Le Spot", dans le IIème arrondissement de Paris.

Âgés de 24 à 63 ans, ils assistent à un groupe de parole de personnes addicts au chemsex. 

Chacun a ou a eu recours à cette pratique qui consiste à prendre des drogues avant ou pendant des rapports sexuels.

Notamment, dans le but de les intensifier et de les prolonger.

Certains viennent ici depuis des mois.

Voire des années.

Pour d’autres, comme Pablo, c’est la première fois. 

Tous ont en commun la volonté d’arrêter ou, au moins, d’espacer leur consommation.

"Je vais très bien en ce moment et je n’ai pas fait de faux-pas depuis la Pride, il y a deux mois" se réjouit Mathieu.

À côté de lui, Louis, 63 ans, qui pratique le chemsex depuis sept ans, commence à perdre espoir.

"Je n’arrive pas à tenir plus d’une semaine. J’ai beaucoup moins de motivation pour arrêter qu’il y a quelques mois et je commence à minimiser les risques. C’est pour ça que je reviens".

Ensuite, c'est donc Maël, benjamin du groupe, qui prend la parole.

"J'ai tenu trois mois avant de craquer, il y a une semaine. Je me sentais invincible, mais je me rends compte que c’est très relatif".

De son côté, Jim entame sa "troisième année où tout va bien".

Il tente de motiver les troupes.

"On peut y arriver petit à petit, mais ça demande de se faire confiance et d’avoir un bon environnement".

Avec tous ces hommes, il y a Lola.

Elle anime le groupe de parole en tant qu'accompagnatrice communautaire en santé au sein de l'association, "Aides".

"On ne nomme ni les produits, ni les modes de consommation, car ça peut être un déclencheur d’une envie de consommer. Le mot rechute est à éviter. On lui préfère faux-pas ou reconsommation. Le cadre du groupe est ensuite donné : ne pas juger, ne pas couper la parole, ne pas venir ici pour draguer ou inciter à consommer, faire preuve de solidarité".

Face à Lola, Patrick n'est pas serein.

Dans une semaine, lui qui n’a pas consommé depuis six mois, va se rendre à Berlin, en Allemagne, pour participer au "Folsom", grand festival dédié au fétichisme et au BDSM.

"Je n’ai jamais été à ce type de soirée et j’avais envie de le faire une fois dans ma vie. Mais, j’ai super peur de craquer".

Les hommes présents dans la salle l’écoutent attentivement.

"Il faut poser le cadre dès le début, sinon, on tombe" prévient Thomas.

Pablo conseille de programmer son lendemain pour s’obliger à être en forme. 

Selon Louis, "les activités en solo ne suffisent pas".

"J’organise des dîners avec d’autres personnes. Comme ça, je me sens vraiment obligé de m’y tenir".

Marc essaie "d’évacuer la prise de risque, car ça demande une force énorme de dire non".

Formée à l’addictologie, Lola rappelle que "cela dépend aussi beaucoup de l’état de vulnérabilité du moment".

Alors ?

Comment résister aux tentations des grosses soirées ?

Comment ne plus tomber sur des propositions de soirées chemsex sur les applications de rencontres ?

Faut-il forcément passer par une abstinence sexuelle pour arrêter le chemsex ?

Les mêmes questions reviennent sans cesse.

"Chacun apporte son expérience de vie et donne les outils qui l’ont aidé au rétablissement, à l’abstinence ou au break" souligne Lola.

Jean-Christophe, co-animateur des réunions, a connu l'addiction au chemsex.

Il doit beaucoup au "Spot".

"Ce groupe m’a sauvé la vie".

Là, il fait un dernier tour de table.

"Ça m’a fait du bien de partager ça avec vous" témoigne Pablo.

Patrick se sent "moins dans le brouillard. Je repars plus fort".

La séance s'achève sur quelques rires.

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