31/08 ▒ SOCIÉTÉ ▒ "Décalage entre travail imaginé et travail réel".

Employée dans la restauration rapide, Maxime, 27 ans, se décrit comme "queer et grosse".

Ce qui complique sa vie au travail.

Parfois, jusqu'au harcèlement.

Elle explique avoir été deux fois en arrêt "pour burn-out de deux-trois mois, plus plusieurs petits arrêts, parce qu'à cause du surmenage, parfois, émotionnellement, je craquais".

Aujourd'hui, elle a le projet de devenir auto-entrepreneuse.

Elle se dit "convaincue que ça n'existe pas, une entreprise où les supérieurs sont bons".

Son cas n'est pas isolé. 

En juin dernier, une étude montrait une augmentation de 25,5% du taux d'absentéisme dans le privé entre 2019 et 2025.

Ainsi qu'une tendance au "polyabsentéisme des jeunes salariés depuis plusieurs années".

En 2025, 21% des moins de 30 ans arrêtés l'ont été deux fois dans l'année.

17,5% ont été absents trois fois ou plus.

"Un niveau qui dépasse celui de toutes les autres tranches d'âge".

"Ces arrêts multiples sont le symptôme d'un rapport au travail qui se construit sur des bases fragilisées" explique l'étude.

Chez les jeunes, près de 37% des arrêts sont liés à la santé mentale. 

Tous âges confondus, les troubles de la santé mentale constituent le premier motif d'arrêts longs.

C'est cette hausse des arrêts maladies qui figure en haut de la liste des préoccupations du gouvernement.

Un gouvernement toujours à la recherche d'économies. 

Pour éviter les "abus", Sébastien Lecornu souhaite lancer "une vraie réforme avec les partenaires sociaux". 

Édouard Philippe veut "mettre fin à l'open bar des arrêts de travail".

"Il y a quelques années, être en arrêt maladie, aller voir un médecin du travail, aller voir un psychologue même, c'était perçu comme une honte ou un échec. Aujourd'hui c'est mieux accepté par la personne qui fait la démarche comme par la société" analyse Virginie Roquelaure, chercheuse en management.

Elle constate l'augmentation des arrêts chez des publics autrefois peu concernés.

Comme les apprentis, par exemple.

"Chez les jeunes, le travail peut être le déclencheur ou l'accélérateur de problèmes de santé mentale. Parfois, ils sont liés au décalage entre travail imaginé et travail réel et à l'absence de sens qu'ils y trouvent".

Marion, 33 ans, exerçait le métier d'enseignante spécialisée auprès d'enfants handicapés.

Confrontée à un "management toxique", elle a multiplié les arrêts maladie.

"Une semaine d'arrêt, pas plus, parce que je ne pouvais pas me le permettre financièrement" confie-t-elle.

"Dans ma génération, les gens ne veulent plus faire les mêmes erreurs que leurs parents. Les miens ont cravaché au détriment de leur santé et de leur famille".

Marie, 33 ans, a fait un burn-out en 2022.

Elle a passé près d'un an en arrêt maladie avant de conclure une rupture conventionnelle. 

"Je pense que ma génération est prête à baisser un peu son salaire pour avoir une meilleure qualité de vie".

"L'exigence d'équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle, qui apparaissait auparavant lorsque les salariés avaient des enfants, est désormais présente dès le début de la vie professionnelle" constate Virginie Roquelaure.

Pour tenter de faire baisser les arrêts des jeunes actifs, elle préconise de faire évoluer le management à la française, plus vertical qu'ailleurs, et d'inciter les jeunes à avoir une petite expérience professionnelle dès le lycée.

"Deux ou trois heures par semaine. Ça pourrait contribuer à réduire le fossé entre travail fantasmé et réalité".

En conclusion, le gouvernement a déjà limité la durée des arrêts maladie et renforcé les contrôles.

Pourtant, les indemnités d'arrêts maladie explosent.

Un nouveau tour de vis est en préparation.

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