02/07 ▒ CAP-VERT ▒ Un paradis LGBT, mais...
Leonardo Oliveira est maquilleur.
Il apporte la touche finale au look d’un chanteur lors du tournage d’un clip vidéo.
Leonardo est homosexuel et l'assume sereinement.
Au Cap-Vert, archipel au large des côtes de l’Afrique de l’Ouest, la tolérance est la base de l'acceptation des LGBT.
Leonardo travaille parmi les techniciens et les musiciens sans craindre d’être insulté, agressé ou dénoncé.
"Le maquillage a un pouvoir et j’adore transformer les gens en créant des maquillages artistiques ou me transformer moi-même" explique-t-il.
Alors que des peines de prison sont infligées pour relations homosexuelles dans d’autres régions d’Afrique, Leonardo, 29 ans, se dit chanceux d’habiter au Cap-Vert.
"Bien sûr il y a des gens qui ont l’esprit vraiment fermé. Mais, cela n’a rien à voir avec ce qui se passe ailleurs. C’est dur de savoir que nos frères traversent des situations extrêmement difficiles. Surtout en Afrique. Être puni simplement à cause de ce que l’on est, je trouve cela extrêmement dur".
Au Cap-Vert, les relations homosexuelles sont légales depuis 2004.
En 2008, une loi a interdit la discrimination sur le lieu de travail fondée sur l’orientation sexuelle.
L’archipel est actuellement le pays le plus accueillant d’Afrique pour la communauté LGBT.
Pourtant, le Cap-Vert se situe à l’ouest du Sénégal, qui a adopté une loi doublant les peines de prison pour "relations homosexuelles".
São Vicente, l’une des dix îles du Cap-Vert, abrite la plus grande communauté LGBT.
En tant que plus ancien port du pays, elle a toujours été ouverte sur le monde, favorisant les échanges avec d’autres nations, en Europe et en Amérique.
"Je pense que nous sommes une population métissée. Nous subissons de nombreuses influences différentes. Nous sommes très influencés par les Européens et je pense que cela a beaucoup aidé" ajoute Leonardo.
Dès son plus jeune âge, il a su qu’il était homosexuel.
Malgré certaines difficultés pendant son adolescence, il se sent bien dans sa peau.
"Quand j’étais en CM1 ou en CM2, je quittais la maison pour aller à l’école, mais je n’y arrivais jamais. À cause du harcèlement. À 21 ans, j'ai commencé à vivre seul. Je me suis lancé dans une carrière de maquilleur et j'ai pu porter des vêtements qui reflètent mon côté féminin".
Autre signe de l’ouverture du Cap-Vert.
Le mois dernier, un petit groupe d’acteurs homosexuels s’est produit dans un théâtre de Mindelo.
La pièce montrait les difficultés quotidiennes de trois travestis.
"On ne choisit pas de devenir homosexuel, ce n’est pas un choix ! Pourquoi les gens nous traitent-ils ainsi ?" lance un acteur.
La pièce mettait en lumière les bals de drag-queens de Harlem dans les années 80.
Pendant deux soirées, Walter, Alessandro et Stephan ont donné vie à l’un de ces bals en talons hauts et mini-robes.
Walter est professeur d’éducation physique.
Ouvertement homosexuel, il est une figure de proue de la communauté LGBT.
"Je n’ai jamais eu de problème avec ma famille. J’ai toujours été libre depuis mon enfance. Bien sûr, je ressens parfois une légère pression de la part des gens, mais je n’ai jamais ressenti le besoin de me cacher".
Il est fier d'être "respecté par mes élèves".
"J’essaie toujours d’aborder le sujet en classe et d’en discuter avec eux. Ce que signifie l’acronyme LGBT, l’orientation sexuelle".
"Le Cap-Vert est presque un paradis pour les LGBT. La nouvelle génération est plus ouverte et plus respectueuse. Mais, c’est le résultat du travail que nous avons accompli par le passé".
"Le Cap-Vert est un pays tolérant et ouvert. Chacun mérite d’être traité de manière égale devant la loi" a récemment déclaré un membre du gouvernement .
"La décision de légaliser les relations homosexuelles découle d’un profond respect de la dignité individuelle et de la différence, afin de permettre une coexistence pacifique. La liberté d’orientation sexuelle pour chaque citoyen est non-négociable".
Ceci dit, tout n'est pas si parfait.
Sindji, femme transgenre de 29 ans, a vécu une expérience différente.
Elle a été contrainte de quitter son emploi parce que le propriétaire du restaurant où elle travaillait lui demandait de cesser de se maquiller et de porter des vêtements féminins au travail.
"J’ai démissionné. Je n’allais pas renoncer à ce que j’aimais à cause de leur ignorance. Je me suis rendu compte que si j’étais un homme gay qui s’habille comme un homme, il est plus facile de trouver un emploi. J’aimerais continuer à vivre en tant que femme transgenre, mais je m’y suis résignée".
Même si la communauté LGBT est bien acceptée, elle s'inquiète.
Elle craint que la population voit d'un bon oeil se passe au Sénégal.
Elle craint que des droits durement acquis soient remis en cause.

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