29/06 ▒ ESPAGNE ▒ 1977 : date de naissance de la communauté LGBT...

En 1977, deux ans après la mort de Franco, un groupe marque un tournant pour la communauté LGBT.

Ce collectif décide de manifester sur les Ramblas de Barcelone après des années dans l'ombre.

Nous sommes le 26 juin.

Plus de 4 000 personnes s'y associent.

Avec la peur mêlée à la fierté, mais le poing levé.

Conscientes du poids de chaque pas, toutes savent que ce qu’elles sont en train de faire est inédit.

Mais, c'est également risqué.

Depuis des années, les LGBT vivent dans l’ombre.

Sous la dictature franquiste, il vaut mieux dissimuler sa véritable sexualité.

Les lois qui criminalisent la "dissidence sexuelle" sont impitoyables.

Le jour de la manifestation, au mois de juin, les LGBT décident de se montrer au grand jour.

Avec un slogan en forme de déclaration d’existence.

"Nosaltres no tenim por, nosaltres som".

Soit : "Nous n’avons pas peur. Nous sommes".

Elle ne le savent pas envore, mais toutes ces personnes sont entrain de vivre une sorte de Gay Pride.

Première manifestation de la Fierté LGBT de l’histoire de l’Espagne.

Et le pays ne pourra plus revenir en arrière.

Pour comprendre la portée de ce 26 juin, il faut mesurer le contexte dont il émergeait. 

Pendant 40 ans, le régime franquiste a persécuté systématiquement les homosexuels et les transgenres.

Pour celà, il s’appuyait sur la "Loi sur les vagabonds et les malfaiteurs", puis sur la "Loi sur la dangerosité et la réinsertion sociale".

Ces textes permettaient l’internement dans des prisons spéciales ou dans des hôpitaux psychiatriques.

Ils permettaient de viser toute personne dont l’orientation sexuelle ou l’identité de genre était considérée comme une menace pour "l’ordre moral".

L’homosexualité était donc un délit.

1975 : Mort de Franco.

Avec beaucoup de prudence, l'Espagne commence à respirer. 

Le pays est en pleine transition démocratique.

Un moment d’espoir fragile.

C'est dans ce contexte que ce collectif LGBT se crée.

Son but ?

Se montrer et occuper la rue.

Ce 26 juin, on voit ce qu'on imaginait pas voir un jour.

Des homosexuels, des bisexuels et, surtout, des femmes transgenres en tête de cortège.

Le bras levé et la fierté sur le visage. 

Une image qui résume la fin de décennies de répression et la détermination à ne plus se taire.

La manifestation de 1977 ne sera qu'un début.

Les années suivantes seront marquées par une mobilisation constante et par des victoires lentes.

En 1979, l’homosexualité est retirée des deux lois la condamnant.

L’avènement d’une démocratie pleine et entière se fait peu à peu.

Toutefois, les préjugés sociaux mettent beaucoup plus de temps à reculer. 

L’épidémie de Sida, qui frappe durement l’Espagne dans les années 80, est un nouveau prétexte de stigmatisation.

En 1994, se tient la Première Gay Pride de Madrid.

L’une des plus importantes au monde. 

En 1998, la ville de Madrid reconnaît les unions homosexuelles civiles.

Le 30 juin 2005, l’Espagne devient le troisième pays au monde à légaliser le mariage homosexuel.

Accompagné du droit à adopter.

La droite et l’Église catholique contestent haut et fort.

En vain.

Au cours des dernières décennies, un cadre juridique de protection de plus en plus large s’est consolidé. 

En 2023, la loi dite "trans" est entrée en vigueur.

Elle permet à toute personne de plus de 16 ans de changer la mention de sexe sur ses papiers d'identité par simple procédure administrative.

Sans diagnostic médical, ni intervention chirurgicale. 

Il s’agit de l’une des législations les plus avancées d’Europe.

Aujourd'hui, l'Espagne dispose d’une législation contre la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre dans le monde du travail.

Plusieurs communautés autonomes ont adopté leurs propres lois de protection. 

Chaque année, la "Marche des Fiertés" de Madrid attire plus d’un million et demi de personnes venues du monde entier.

En outre, les indices européens d’acceptation sociale placent régulièrement l’Espagne parmi les pays les plus tolérants du continent à l’égard de la diversité sexuelle et de genre. 

80% de la population espagnole considère que l’homosexualité doit être librement acceptée dans la société.

Pourtant, le travail n’est pas terminé. 

Les agressions LGBTphobes continuent de se produire. 

Les transgenres font toujours face à des discriminations dans l’emploi et dans le système de santé. 

Les jeunes LGBT demeurent un groupe particulièrement vulnérable au harcèlement scolaire et aux difficultés dans le cadre familial.

C’est pourquoi, chaque fois que quelqu’un descend dans la rue en juin, il faut souvenir du 26 juin 1977.

À Barcelone, Madrid, Séville, Bilbao, il ne s'agit pas seulement de célèbrer les avancées obtenues.

Il faut avoir en mémoire 4 000 personnes qui n'ont pas eu peur, qui n'ont pas tremblé.

Juste pour affirmer leur existence.

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