24/06 ▒ SANTÉ ▒ Quand les canicules inquiètent les psychiatres...

Des températures qui mettent le corps et l'esprit à rude épreuve. 

Hier, la France a connu la journée la plus chaude de l'histoire des relevés.

La nuit de lundi à mardi a été "la plus chaude jamais connue en France", selon Météo-France.

"Or, plus les nuits tropicales sont fréquentes, plus notre corps fatigue et plus le risque sanitaire augmente" rappelle le ministère de la Transition écologique.

Inévitablement, ces fortes chaleurs engendrent des difficultés à dormir.

Avec de lourds effets sur notre santé mentale.

"C'est la conséquence la plus évidente. Avec ces températures nocturnes qui ne descendent pas, on dort moins bien et on est plus vulnérable et plus irritable" pointe Marine Akkaoui, psychiatre et coordinatrice du dispositif de suivi "Vigilans" pour Paris et la Seine-Saint-Denis.

Au-delà des difficultés à dormir, les vagues de chaleur sont associées à une recrudescence de certains troubles plus graves. 

On observe une augmentation des consultations pour des troubles dépressifs et, plus nettement, pour des troubles psychotiques, comme la schizophrénie. 

Les conséquences de la chaleur varient selon le type de trouble et en fonction de la durée et de l'intensité de la vague.

"À l'hôpital, on est très vigilants sur l'hydratation des patients, car on sait aussi qu'ils cumulent les difficultés sanitaires et sociales" souligne Baptiste Pignon, psychiatre.

"Ils sont plus à risque car ils sont souvent plus isolés, vivent dans des appartements qui sont des passoires thermiques et sont donc plus sujets à la déshydratation".

Selon les psychiatres, la hausse soudaine des températures a aussi des effets sur la production de sérotonine et de dopamine.

Il s'agit de neurotransmetteurs impliqués dans les troubles de l'humeur. 

"Ce qui augmente le risque de décompenser certaines maladies psychiatriques, comme la dépression, les troubles bipolaires et anxieux, ainsi que la schizophrénie" pointe Marine Akkaoui. 

"Dans ce contexte de canicule, les inégalités sociales se creusent, car les personnes qui souffrent de pathologies psychiatriques sont encore plus vulnérables".

Ces phénomènes, Fayçal Mouaffak, chef des urgences psychiatriques de Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, les connaît bien.

Hier, son service est encore loin de la surchauffe.

Mais, il va rester en alerte, chez lui, ce week-end.

"En psychiatrie, il y a toujours un temps de décalage par rapport aux urgences classiques. On risque d'avoir du monde en fin de semaine ou à partir de lundi".

Fayçal Mouaffak sait que ces fortes chaleurs peuvent avoir de lourdes conséquences pour ses patients. 

"Les changements de températures jouent comme la goutte qui fait déborder le vase. Par ailleurs, certains médicaments, comme les psychotropes et les antidépresseurs, ne font pas bon ménage avec la canicule. Ils entraînent une photosensibilisation. Ce qui signifie que les malades prennent des coups de soleil plus forts et plus rapidement". 

D'autres traitements, dont ceux contre la schizophrénie, ont aussi des effets sur la thermorégulation. 

"Certains peuvent se balader avec un blouson, car ils ne ressentent pas la chaleur comme nous" explique Fabien Getten, psychiatre au sein de l'Établissement public de santé mentale de la Marne.

Pour éviter la déshydratation ou les coups de chaud, il faudrait réajuster les traitements au cas par cas. 

"On peut diminuer les doses, quand les patients sont hospitalisés. Notamment, quand le traitement se prend par goutte. C'est facile. Mais, pas chez soi. Difficile, sur une semaine de canicule, de calculer avec précision la réduction d'un traitement, surtout lorsqu'il est pris sous forme de comprimés. Dans l'idéal, il faudrait qu'on se souvienne de nos patients les plus à risque et les rappeler un par un, mais ce serait interminable".

Avec le réchauffement climatique et la multiplication de ces épisodes caniculaires, Fayçal Mouaffak sait qu'il devra prendre en compte le paramètre "fortes chaleurs" au moment de remplir des ordonnances. 

"Avant, on se disait qu'au pire la température flirterait avec les 30°C quelques jours en août ou en juillet, mais que ce serait gérable pour les patients. Désormais, la question de la thermorégulation va entrer en ligne de compte" conclut-il.

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