23/06 ▒ HISTOIRE ▒ Quand le roi fermait les yeux sur l'homosexualité des soldats..
Dans l'Antiquité grecque, la cité de Thèbes avait son "Bataillon sacré".
C'était une unité d'élite apparemment composée de 150 couples homosexuels.
Au tournant du XXIème siècle, l'armée des États-Unis interdit à ses personnels LGBT de révéler leur orientation sexuelle en vertu de la loi, "Don't ask, don't tell", soit "Ne demandez pas, n'en parlez pas".
Cette loi sera abrogée en 2011.
Alors que l'armée est souvent perçue comme un environnement façonnant une masculinité hétérosexuelle, l'homosexualité dans les rangs militaires est un phénomène documenté de longue date.
Il est tantôt valorisé, tantôt discriminé, mais bien souvent toléré.
Il en va ainsi dans la France du XVIIème siècle.
Parmi les 450 000 soldats qu'alignent parfois les armées de Louis XIV, la présence d'homosexuels n'est pas un tabou.
Si le mépris existe chez certains, la répression effective reste très rare.
Nombreux sont les documents écrits au XVIIème siècle, qui mentionnent l'homosexualité supposée de certains militaires.
Le ton y est souvent moqueur, mais la concordance entre ces différentes sources permet d'affirmer que les soldats homosexuels ne se cachaient pas.
Que ce soit sur les champs de bataille ou à la cour de Versailles.
Ce goût ne touche-t-il que les officiers ?
À l'époque, au moins 20% des accusés de "sodomie" sont des vagabonds, marins et des soldats de second rang.
Cette statistique va à l'encontre de l'idée reçue qui voudrait assurer que seule l'aristocratie était décadente.
Tout aussi contestable est l'image d'une sexualité qui serait due à l'absence de femmes.
Et pour cause.
Sur les champs de batailles, on trouve cantinières, vivandières, blanchisseuses et prostituées.
Il n'empêche que, dès cette époque, on désigne de telles pratiques comme importées de l'étranger.
Étrange écho avec aujourd'hui.
Ainsi, le duc de Saint-Simon, courtisan proche de Louis XIV, parle l'homoérotisme comme "un goût italien".
Ceux qui s'y adonnent sont appelés "bougres" ou "berdaches", terme qualifiant les "passifs" souvent efféminés.
En 1642, des pamphlets qualifient Antoine de Gramont, prince de Bidache et maréchal de France, de "berdache".
Le but est de renvoyer le maréchal, dont beaucoup connaissent l'orientation sexuelle, à une forme de faiblesse.
D'où le début de l'association homosexualité et manque de virilité.
Comme si un soldat très viril ne pouvait absolument pas être homosexuel.
Cette association et une réputation de "mauvais militaire" sont courantes.
Ainsi, Philippe d'Orléans, frère du Roi-Soleil, était connu pour son goût pour le genre masculin.
À tel point que son rang ne l'empêche pas d'être humilié par d'autres hommes mettant en cause sa virilité.
Du pain bénit pour le cardinal Mazarin.
Son animosité à l'encontre du frère du roi fait qu'il le dépeint comme un "homme efféminé incapable d'accéder au pouvoir".
Sauf que...
Philippe d'Orléans "mouche" le cardinal en collectionnant de nombreux succès sur les champs de bataille.
Champs de bataille où il est souvent accompagné de ses amants.
Alors que Louis XIV serait connu pour avoir une "singulière horreur pour tous les habitants de Sodome", on ne lui connaît aucun acte concret de répression qu'on qualifierait d'homophobe aujourd'hui.
En outre, interdire aux homosexuels de servir dans l'armée royale poserait de gros problèmes au roi.
En effet, les contingents ne sont pas si fournis que celà.
Plus d'une fois, le monarque fera preuve de tolérance quant aux mœurs et aux manquements à la discipline.
La prostitution n'est que peu réprimée en période de guerre.
De même, les relations sexuelles entre soldats sont vite oubliées quand le combat fait rage.
Un cas emblématique est celui de Louis II de Bourbon-Condé, cousin de Louis XIV.
Ce général, indispensable dans l'armée française, peut donner libre cours à ses désirs.
De jeunes cavaliers pourront en témoigner.
Il est dit que c'est son cas qui aurait convaincu le roi d'être indulgent envers les militaires homosexuels.
Selon l'entourage royal, sa Majesté éprouvait moins de "peine" à séparer des soldats bisexuels de leurs épouses, puisqu'ils profitaient des guerres pour assumer leur penchant.
De quoi faciliter le recrutement.
De plus, ces soldats, bien que mariés, n'hésitaient pas "emmener" leurs amants dans leurs bagages !
De leur côté, les généraux restaient pragmatiques.
Pour eux, il était préférable que les militaires s'adonnent aux relations sexuelles au sein des campements, plutôt qu'avec des prostituées inévitablement installées loin des champs de batialle.
Il faut ajouter que les jeunes soldats, qui servaient d'amants aux militaires, n'étaient pas toujours consentants.
Et si l'un d'eux se plaignait un peu trop fort, lui et son soldat étaient considérés comme complices et condamnés.
D'où une attention toute particlière de la part des soldats pour choisir leurs amants.

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