18/06 ▒ FOOTBALL ▒ Fiers d'être là et y croire coûte que coûte...
Dans la sphère du football mondial, il n'y a pas que l'Espagne, l'Allemagne, la France ou le Brésil.
Un sélectionneur au bord des larmes.
Des joueurs avec un grand sourire en zone d’interview.
Des supporters aux anges dans les tribunes.
Les "petits Poucets" font une entrée remarquée dans la Coupe du monde 2026.
Et ils font la curiosité des passionnés de football.
Curaçao est la nation la plus faiblement peuplée à participer à un Mondial : 158 000 habitants.
Par le passé, des petits États ont déjà pris part au Mondial.
L’Islande en 2018 et Trinité-et-Tobago en 2006, par exemple.
En novembre 2025, la surprise des éliminatoires a été la qualification de pays qu'on attendait pas à ce niveau.
En effet, Curaçao n’est pas le seul "petit nouveau" cette année.
Haïti (11,9 millions d’habitants) et le Cap-Vert (525 000 habitants) connaissent également le bonheur de participer à ce Mondial 2026.
Trois surprises dont l’éclosion soudaine ne doit rien au hasard.
"Le passage à une Coupe du monde à 48 équipes a permis la présence d’Haïti, de Curaçao et du Cap-Vert. Sans ces places offertes aux nouveaux venus, je ne pense pas qu’ils auraient réussi à se qualifier" analyse Loïc Ravenel, maître de conférences en géographie à l’université de Franche-Comté.
Les deux premières nations ont tiré profit de l’organisation de la compétition confiée au Mexique, aux États-Unis et au Canada.
Du coup, les qualifications de la zone Amérique du Nord-Caraïbes étaient plus ouvertes que d'habitude, ces trois pays étant qualifiés d'office.
Mais, cela ne suffit pas à expliquer cette éclosion.
Il faut se pencher sur le profil des joueurs qui composent ces équipes.
Avec un cas extrême : sur les 26 joueurs curaciens sélectionnés pour la compétition, 25 sont nés… aux Pays-Bas.
Un seul est né sur l’île des Caraïbes.
De la même façon, 18 joueurs du Cap-Vert sont nés hors du territoire de ce groupement d’îles situé au large du Sénégal.
16 Haïtiens ont vu le jour dans un autre pays.
"Cela reflète une mutation du football intervenue dans les années 80-90" analyse Paul Dietschy, historien du sport.
"Jusque-là, le football mondial reposait sur un développement endogène : les joueurs naissaient, se développaient et jouaient dans le pays. Aujourd’hui, la situation est très différente".
Pour exister, les petites nations ont tiré profit d’un vivier longtemps passé sous les radars : les diasporas.
Pour l’ensemble des pays présents à la Coupe du monde, les joueurs talentueux, nés hors du territoire d’un État, sont ardemment courtisés.
"Depuis quarante ou cinquante ans, la population mondiale a énormément bougé. Donc, automatiquement, on multiplie les joueurs potentiels pour une sélection" souligne Loïc Ravenel.
"La Fifa accepte qu’on remonte jusqu’aux grands-parents. Ça permet de récupérer l’immigration des trente ou quarante dernières années sans aucune difficulté".
Sans les infrastructures nécessaires pour rester compétitifs, les petits pays misent donc sur la recherche de joueurs capables d’évoluer sous les couleurs de l’équipe nationale.
À titre d'exemple, les 26 joueurs du Cap-Vert sont nés dans huit pays différents.
De quoi s'interroger.
Ces règles et cette compétition entre fédérations auraient-elles une influence négative sur le sentiment d’appartenance des joueurs concernés.
Souvent formés au football dans leur pays natal, ils finissent pas représenter un autre apys.
"Si les Curaciens nés aux Pays-Bas avaient pu intégrer l’équipe des Pays-Bas, ils l’auraient fait. Mais, ils sont très heureux et fiers de faire partie de cette équipe de Curaçao et de mouiller le maillot pour le pays de naissance de leurs parents et de leurs grands-parents" souligne Cédric Audebert, chercheur au CNRS.
Un constat applicable aux deux autres sélections et qui est souvent défendu par les joueurs eux-mêmes.
"J’ai grandi en France. C’est un pays magnifique qui m’a beaucoup appris. Je ne renie rien, mais je me sens plus Cap-verdien que Français" explique Logan Costa, défenseur né en Seine-Saint-Denis.
"Pour être honnête, quand je jouais pour la France, je n’avais pas ce truc. Je ne sais pas comment l’expliquer. À chaque fois que je joue pour le Cap-Vert, je sens ce truc. Il y a ce petit supplément d’âme. Cette unité".
Ce sentiment d’appartenance est entretenu parfois par des liens directs et réguliers avec la nation d’origine.
Par exemple, les vols entre Amsterdam, aux Pays-Bas, et Willemstad, capitale de Curaçao, sont quotidiens et les allers-retours fréquents.
Il reste aux joueurs de faire un choix entre l’opportunité de jouer une Coupe du monde ou celle de rendre leur famille et leur pays d’origine fiers.
"Ça n’a pas été un choix facile. Beaucoup espèrent encore évoluer sous le maillot néerlandais" admet Leandro Bacuna, la star de l’équipe curacienne.
"À tous, je leur ai tenu le même discours : viens seulement si tu sens une place dans ton cœur pour représenter ton île, rendre hommage à tes ancêtres, montrer au monde que Curaçao existe".
"Aujourd’hui, l’exemple de ces petites nations permet de croire en une redistribution des cartes au sein de la hiérarchie du football mondial" selon Loïc Ravenel.
Et ces trois-là sont bien décidées à jouer leur chance à fond.
Si Haïti et Curaçao ont perdu leur premier match, le Cap-Vert a tenu tête à l'Espagne (0-0).
Pas un mince exploit contre un pays qui fait partie des favoris.
Et s'il suffisait d'y croire à fond !

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