15/06 ▒ DORDOGNE ▒ "Avoir peur des emmerdes, c'est qu'il y a encore du chemin à faire".
À l'occasion du "Mois des Fiertés", Jean Lissajoux a voulu témoigner.
À Sarlat, ce boulanger, marié depuis onze ans avec Nicolas, raconte "les regards lourds" qui l'empêchent "d'embrasser son mari dans la rue".
"Il y a encore énormément de chemin à faire pour pouvoir atteindre une totale égalité. Mais, surtout un droit à l'indifférence. Le droit de vivre sans que personne ne soit interpellé par le fait que vous soyez deux personnes de même sexe".
Jean Lissajoux se confie sur l'homophobie sourde, mais bien présente.
Il est installé à Sarlat, avec son mari, depuis huit ans.
Encore aujourd'hui, il raconte tous ces "petits signes de rejet" qu'il observe encore en permanence.
Il décrit une scène vécue récemment dans une pharmacie.
"Si vous n'avez pas de dossier créé, la personne va patouiller sur le nom de naissance et de mariage. Elle ne va pas comprendre, dire : j ne comprends pas, vous êtes deux hommes. Normalement, il n'y a qu'un nom pour un homme. Vous êtes quotidiennement rappelé à ce genre de petites choses".
Il évoque aussi les clients de la boulangerie qui préfèrent imaginer que son mari n'est pas son mari, mais plutôt son frère ou son collègue.
"Ils n'osent pas dire : mari".
"Je ne me sens jamais autorisé, lors de quelconque moment de convivialité ou quand on se balade, à juste embrasser son mari ou même à lui tenir la main dans la rue. Il y a aussi les regards appuyés des gens. Ou, si vous êtes sur une terrasse de café, la manière dont le brouhaha se calme un tout petit peu".
"Le fait que vous ayez cet instinct de vous dire : je ne peux pas, parce que vous avez peur des emmerdes, c'est ce qui me fait dire qu'il y a encore du chemin à faire" regrette le boulanger.
"La première des choses qui censure un gay, une lesbienne ou toute autre personne de la communauté LGBT, c'est l'autocensure. Parce qu'on sent bien que ce n'est pas encore pleinement et communément admis".
À 52 ans, et après plus de vingt ans de relation avec son mari, Jean Lissajoux ne veut plus se taire.
"Au nom de quoi la façon dont on baise devrait impliquer un quelconque retrait quant à la façon dont on vit ? Pourquoi est-ce qu'il y a des Mois et des Marches de la Fierté ? C'est justement parce que les gens qui sont concernés veulent montrer qu'ils existent et qu'ils ont envie de vivre comme tout le monde".
Jean Lissajoux estime que ce n'est plus au niveau des lois, mais sur les mentalités qu'il faut agir.
"J'ai beaucoup de problèmes, à titre perso, quand des structures commerciales, au nom d'une soi-disant bienfaisance, affichent sous leurs comptoirs de bar, au fond de la salle de restaurant, un énorme drapeau arc-en-ciel. Je pense que le jour où on arrêtera ça, déjà ça ira mieux. Laissez ce symbole aux gens pour se battre pour obtenir quelques droits à obtenir encore. Mais, n'utilisez pas ça pour un caractère festif ou folklorique de samedi soir. Être pédé en 2026, c'est pas juste aller au bar, boire une bière. C'est pas ça la vie. C'est avoir une vie de famille comme tout le monde et avoir envie de la vivre normalement" conclut Jean Lissajoux.

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