14/02 ▒ SOCIÉTÉ ▒ Quand les amoureux LGBT se cachent....
Pour la Saint-Valentin, les démonstrations d'amour se multiplient.
Sauf pour les LGBT, qui s'interdisent toujours des gestes d'affection en public.
Une autocensure qu'ils s'imposent par peur des regards, remarques et autres violences homophobes.
Au restaurant ou dans la rue, Nicolas repousse systématiquement son petit ami, lorsque celui-ci veut lui prendre la main ou l'embrasser en public.
Cet infirmier de 28 ans n'est toujours pas à l'aise à l'idée de témoigner de gestes d'affection à son compagnon aux yeux de tous.
Ainsi dès qu'il quitte son appartement, pas de geste d'affection.
Un réflexe qu'il avait déjà adopté dans ses précédentes relations.
"C'est un vrai problème entre nous, parce que je peux facilement lui enlever sa main en fonction de ce que je vois autour de moi".
Le jeune homme, qui vit à Annemasse, en Haute-Savoie, a pour habitude de ne prendre aucun risque.
"Moi, je vais avoir peur qu'on m'insulte ou de prendre une remarque. Pour lui, ça c'est rien. Il vient du Brésil où c'est beaucoup plus dangereux pour les homosexuels. Donc, à ses yeux, ici en France, il n'y a aucun risque. Moi, je sais que c'est totalement faux".
Il faut dire que le soutien à la visibilité publique des a fortement baissé en 2025.
Selon une enquête, seuls 44% des français admettent que les démonstrations d’affection entre homosexuels dans l’espace public ne sont pas un problème.
Soit 4 points de moins qu'en 2024.
"Je ne m'afficherai jamais en public avec un homme" insiste Nicolas.
"Je suis peut-être un peu extrême, mais j'ai développé des automatismes. Ma philosophie, c'est que ça ne coûte rien de faire attention. Ça ne vaut pas le coup de risquer d'avoir des problèmes".
Nicolas est loin d'être une exception.
À 50 ans, Fabrice et son compagnon n'envisagent pas du tout de se tenir la main, ni de s'embrasser furtivement, devant d'autres.
"Je n'ai pas de problème à dire que je suis gay et que c'est mon copain, mais ça n'ira pas au-delà" explique ce chef d'entreprise.
Il dit avoir tellement intériorisé les discours homophobes que l'idée de voir deux garçons qui s'embrassent en public pourrait même le choquer aussi.
"Je ne suis pas habitué. J'ai vécu l'époque où c'était encore pénalement répréhensible. Avant la dépénalisation de l'homosexualité en 1982. Je sais que c'est lié à l'âge que j'ai et à l'éducation que j'ai reçue. Deux mecs, dans ma tête, ça ne se fait pas, entre guillemets. Je vis ma vie, mais je ne suis pas là pour choquer. Je pense à l'autre en face de moi qui a peut-être d'autres mœurs que nous".
Comme lui, Léonie n'affichait pas son homosexualité publiquement avec sa compagne.
Mais, depuis le mariage homosexuel, elle a changé d'avis.
"Au début de notre relation, je disais comprendre que ça choque, que c'était à moi de faire l'effort de m'adapter. Je ne voulais pas qu'on pense ci ou ça de moi. Désormais, le regard des autres a moins d'importance sur moi. J'ai mis du temps à comprendre que ça n'avait rien de dérangeant. On est un couple comme un autre".
Toutefois, elle et sa femme font toujours preuve de prudence selon les quartiers où elles se trouvent.
"On est toujours attentives, c'est inévitable. Notre éducation, nos habitudes, les agressions qu'on vit ou dont on entend parler... Ça laisse des traces".
Mélanie, fonctionnaire de 41 ans, a failli se faire taper dessus à plusieurs reprises dans les rues de Paris.
"Adolescente, puis jeune adulte, je ne me suis jamais cachée. Et c'est vrai que j'ai connu l'époque où on était obligés de se planquer dans des bars pour se voir".
Si elle se réjouit de l'amélioration de la situation depuis des années, elle ne s'estime pas tout à fait en sécurité dans l'espace public.
"Je sais que c'est dangereux de s'afficher encore aujourd'hui. Même dans les grandes villes comme Paris. "On est en hyper vigilance. Ça reste dangereux".
Et l'amour dans tout çà ?
Ne serait-il réservé qu'aux couples hétérosexuels ?

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