11/02 ▒ CINÉMA ▒ Trente ans d'une vie hors norme...
Le 4 juin 1997, on retrouve le corps de Jeff Buckley dans le Wolf River, rivière du Tenessee qui se jette dans le Mississippi.
Quelques jours plus tôt, le chanteur de 30 ans se baigne dans le fleuve avec un ami.
Un bateau passe.
Le remous l’emporte.
Une mort incompréhensible.
La légende vient de naître.
La vie de Jeff Buckley ressemble à une accélération permanente.
Il grandit en Californie.
Sa mère l'élève entre musiques diverses et bricolage affectif.
L’enfant écoute tout.
De Led Zeppelin à Nina Simone.
Il chante aussi.
Et se fabrique une voix.
Après quelques années d’errance et de petits boulots, Jeff Buckley s’enfonce dans les bars de New York.
Il commence par accompagner d’autres musiciens.
Il joue dans des formations de seconde zone.
Ensuite, il s’installe au "Sin-é", minuscule café de l’East Village.
C’est là qu’il électrise ceux qui passent la porte en reprenant Édith Piaf, Leonard Cohen ou les standards de la soul.
Les labels tournent autour.
C'est "Columbia" qui finit par l'engager.
En 1994 sort "Grace".
Un unique album studio.
Mais, "The album" !
Mlange de rock lyrique, de ballades déchirantes et de reprises vertigineuses, le disque devient culte au fil des années.
Pour lui rendre hommage, "It’s Never Over, Jeff Buckley", documentaire d’Amy Berg, sort aujourd'hui sur les écrans.
Le film commence de manière très classique.
Témoignages, archives, voix off posée.
Le récit suit la chronologie connue, de la petite enfance au triomphe des années 90.
Puis, le film change.
Amy Berg laisse davantage parler celles et ceux qui ont vraiment partagé la vie intérieure de Jeff Buckley.
Ses anciennes compagnes, entre autres.
Elles cassent l’image de l’ange intouchable.
Elles décrivent un homme compliqué, contradictoire, parfois ingérable.
Ben Harper, son ami, apporte un regard de musicien.
Il insiste sur ce qui faisait de Jeff Buckley un cas à part, incapable de se répéter, toujours en train de se réinventer.
Une séquence résume tout.
Celle des "Eurockéennes de Belfort" en 1995.
Sur scène, Jimmy Page et Robert Plant.
Dans la foule, Jeff Buckley.
Il grimpe sur les échafaudages pour mieux les voir, se balance, porté par la musique de ses idoles.
Cette scène, captée au vol, raconte sa folie créative mieux que n’importe quel commentaire.
Le film montre aussi la manière dont Jeff Buckley mélangeait tout.
Il pouvait passer du murmure à la tempête dans la même chanson.
"Grace" apparaît comme la photographie d’une recherche perpétuelle.
De plus, Amy Berg n’élude pas la part sombre.
Fatigue, fragilité psychique, pression.
Mais, pas de sensationnalisme.
La noyade reste ce qu’elle est.
À savoir un drame absurde.
En sortant de "It’s Never Over, Jeff Buckley", on n’a pas l’impression d’avoir tout compris de cet ange du rock.
Le documentaire ne réinvente pas le genre, mais il ranime la flamme.
Il rappelle d’où venait cette voix et pourquoi elle continue de vibrer.
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