24/04 ▒ SEXUALITÉ ▒ Et si l'épanouissement passait par le "couple ouvert"...
"Je n'aime pas tellement l'idée d'être en couple exclusif".
Avec Emy, sa compagne, Melissa forme un "couple ouvert".
Une alternative au couple exclusif traditionnel.
Dans le cas présent, les relations sexuelles extraconjugales sont consenties.
Melissa ne regrette pas ce choix.
"Jamais je ne me suis sentie aussi épanouie dans une relation amoureuse".
Le cas des deux jeunes femmes n'est pas isolé.
Historiquement ancrées dans la culture française, les relations libres existaient déjà à l'époque des mariages arrangés dans les milieux bourgeois et libertins.
L'essor du mariage d'amour, qui établit un lien entre sexualité et conjugalité, a désavoué ce principe.
"Ce qui s'avère particulièrement intéressant, c'est qu'avec la révolution culturelle et sexuelle contemporaine, insufflée par le mouvement #MeToo, nous observons une réhabilitation significative de cette pratique" explique François Kraus, directeur du pôle "Genre, sexualités et santé sexuelle" à l'Ifop.
En effet, l'étude qu'il vient de publier montre que 8% des Français affirment être en "relation ouverte ou libre".
Emma est en relation avec son conjoint depuis quinze ans.
Il y a cinq ans, ils ont fait le choix d'ouvrir leur couple.
"Après une décennie de relation, nous avons pris conscience que nous nourrissions tous deux cette aspiration à vivre des expériences plus diverses, à rencontrer d'autres personnes".
Pour autant, elle et son conjoint n'avaient aucune envie de se séparer.
Ils ont adopté cette alternative.
En France, 15% des personnes interrogées, qui ont déjà été en couple, déclarent avoir déjà vécu une relation ouverte présente ou passée.
Dans 52% des cas, cette "ouverture" est l'initiative commune des deux partenaires.
"Ce phénomène mérite une analyse approfondie sur le plan politique, puisqu'il s'inscrit dans une réflexion plus vaste sur la déconstruction du patriarcat et de son socle fondamental. À savoir le mariage hétérosexuel monogame" analyse François Kraus.
"Pour toute une frange relativement radicale du féminisme, s'inscrire dans un couple exclusif est perçu comme un conformisme bourgeois archaïque, comme l'incapacité à s'affranchir des notions de propriété sur le corps d'autrui qui, aux yeux de nombreux chercheurs et intellectuels, constituent un signe manifeste de conservatisme sociétal".
Ce sont les jeunes de 25-34 ans qui se montrent les plus enclins à ce type de conjugalité.
23%, la pratique.
Pour ces "couples ouverts", des clauses sont généralement établies.
"Lorsqu'on décide d'ouvrir son couple, ce n'est pas pour autant la porte ouverte à faire n'importe quoi" explique Emma.
"Il est fondamental d'établir un cadre délimitant l'acceptable de l'inacceptable. Particulièrement aux débuts de cette ouverture, qui peut susciter de nombreuses émotions et insécurités".
Au fil des années, elle et son conjoint ont fait évoluer ce cadre.
"Aujourd'hui, nous jouissons d'une liberté considérable. Nous nous informons simplement lorsque nous fréquentons quelqu'un d'autre. Sans divulguer davantage de détails. Nous nous autorisons à revoir ces personnes si l'envie nous en prend".
Emma rappelle que "l'idée d'ouvrir le couple n'est pas de mettre en danger sa relation, mais au contraire d'y apporter une dimension différente".
Pour Mélissa et Emy, l'essentiel est de ne rien se cacher et ne pas sombrer dans le mensonge.
Comme elles, 35% des personnes en "couple ouvert" déclarent s'obliger à dire à l'autre quand ils ont eu un partenaire sexuel.
Toutefois, 42% ne le font pas.
La règle la plus souvent instaurée dans les "couples ouverts" est de cachant la nature de cette relation à leur entourage.
En outre, le toit conjugal reste le toit conjugal !
52% des "couples ouverts" s'interdisent mutuellement de ramener leurs conquêtes à la maison.
Reste à ne pas confondre ce type de sexualité avec la polygamie.
D'autre part, l'étude montre que ce phénomène s'étend de plus en plus aux couples hétérosexuels.
Longtemps, les partenaires multiples ont été attribués aux homosexuels.
Au final, ce qui séduit ces adeptes du "couple ouvert", c'est la liberté de "pouvoir faire", même ils n'en usent pas systématiquement.
"Paradoxalement, nous ne multiplions pas les expériences extraconjugales malgré la liberté absolue dont nous disposons" souligne Mélissa.
De plus, d'après l'Ifop, l'infidélité semble perdre du terrain.
"Ce qui tient vraisemblablement à l'émergence de modèles conjugaux alternatifs, comme le couple ouvert" explique l'étude.
Reste une mesure à faire : celle du bonheur et de la satisfaction des "couples ouverts".
Selon François Kraus, "le taux de satisfaction à l'égard de sa vie sexuelle s'avère nettement supérieur dans les couples libres : 84% contre 75% pour les couples exclusifs. De plus, il apparaît que la satisfaction sentimentale des deux types de conjugalité est quasiment égale : 85% pour les couples libres et 82% pour les exclusifs".
"Notre enquête répond à l'interrogation suivante : le couple exclusif constitue-t-il, par sa stabilité, un statut relationnel nécessairement plus confortable et épanouissant ? Les résultats démontrent que cette hypothèse est erronée" conclut François Kraus.

Commentaires
Enregistrer un commentaire