05|07 ➤ JUSTICE ➤ Face aux émeutes, une sévérité jamais vue...
Ces derniers jours, les premières peines, concernant les émeutes urbaines, ont été prononcées.
Malgré la jeunesse des prévenus ou leur absence d'antécédents judiciaires, des mandats de dépôt ont été prononcés.
À Nanterre, dans les Hauts-de-Seine, Aymeric fait certainement partie des premiers à comparaître.
La vingtaine, il est jugé pour avoir diffusé le nom et la ville où habite le policier mis en cause dans le meurtre du jeune Nahel.
Inconnu de la justice et inséré professionnellement, il a été condamné à 18 mois de prison, dont 12 avec sursis.
Depuis jeudi dernier, la justice, de Marseille à Créteil en passant par Bobigny, Nanterre ou Grenoble, organise un défilé de comparutions immédiates de personnes soupçonnées d'être impliquées dans les émeutes.
Incendie de poubelles, casse de commerces, pillages de magasins ou attaques contre des policiers.
La plupart dit regretter, d'autres disent ne pas comprendre pourquoi ils ont agi de la sorte.
Souvent, c'est l'effet de meute qui est invoqué.
Ils ont 18, 19 ans, la trentaine tout au plus.
Ils sont insérés scolairement ou professionnellement.
Ils n'ont pas de casier judiciaire, pour la plupart.
Pourtant, tous sont condamnés "fermement", selon le souhait du gouvernement.
Sana, 18 ans, en formation pour être auxiliaire de vie, écope de quatre mois de prison ferme pour avoir tenté de piller un magasin.
Un autre prend dix mois de prison ferme, après avoir été interpellé lors du pillage d'un magasin.
Un autre homme écopé de trois mois de prison ferme pour les mêmes faits.
Samedi, au tribunal de Bobigny, en Seine-Saint-Denis, dix prévenus étaient jugés.
Sur les dix, huit ont été incarcérés immédiatement à l'issue de l'audience.
De nombreux tribunaux prononcent des mandats de dépôt, synonyme d'incarcération, là où la peine pourrait être faite sous bracelet électronique.
Depuis le début des émeutes, il y a eu 350 incarcérations.
La justice pénale a un rôle de dissuasion générale.
Lors de plusieurs procès, les procureurs "en chef" sont venus, eux-mêmes, requérir des peines.
Fait rarissime.
"On constate qu’on a des peines fortes et qui sont des peines avec mandat de dépôt pour des gens qui n’ont pas de casier" note Aurélien Martini, secrétaire général adjoint de l'Union Syndicale des Magistrats.
"La peine a une dissuasion spéciale vis-à-vis de l’auteur des faits. En prévention de la récidive. Pour ce qui nous occupe, il n’est pas impossible que ces peines puissent jouer un rôle de dissuasion générale".
Selon les avocats, "la justice est totalement instrumentalisée par le politique".
"Des mandats de dépôt, des mandats de dépôt, des mandats de dépôt... pour des faits mineurs" peste une avocate.
"Les peines sont extrêmement fermes. Les procédures sont bâclées. Il y a de nombreux scénarios où on ne reconnaît pas les gens, les PV d'interpellation sont extrêmement flous. C’est une justice politique" futige une autre.

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