08|03 ~ SANTÉ ~ Les stéréotypes de genre sont tenaces...
L'infarctus du myocarde ? C'est une maladie d'hommes !
La dépression ? C'est une affaire de femmes !
Dans la santé aussi, les préjugés liés au genre sont encore légion.
En outre, ils sont susceptibles d'influencer le recours aux soins et la prise en charge.
Au début, elle avait mal aux jambes.
Son médecin a pensé à la goutte ou peut-être à une grossesse.
"C'est probablement juste vos hormones" estime-t-il.
Résultat : elle endure sept ans de douleurs.
Pour finalement atterrir aux urgences.
Là encore, on lui assure que son mal-être est lié au bébé qu'elle vient d'avoir.
"Maladie cardiaque post-partum toxique" déclare le médecin.
Avant que...
Un rhumatologue identifie l'origine de son mal comme un lupus.
C'est en se basant sur sa propre expérience qu'Élinor Cleghorn, historienne, s'est penchée sur les stéréotypes de santé liés au sexe.
"La soi-disant nature des femmes, les représentations qu'on a de créatures faibles, ont longtemps imprégné la médecine" confirme Catherine Vidal, neurobiologiste.
Pour le "Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes", elle a publié un éclairant rapport sur le sujet.
Elle y explique que, chez les malades eux-mêmes, les codes sociaux liés aux genres féminin et masculin influencent l'expression des symptômes, le rapport au corps, le recours aux soins.
Du côté des personnels soignants, les préjugés liés au genre sont susceptibles de jouer sur leur interprétation des signes cliniques et la prise en charge des pathologies.
Un genre de "c'est un homme, il ne peut pas avoir ceci ou cela".
D'où, une sorte de classification entre "maladies féminines" et "maladies masculines".
Et pourtant la réalité est tout autre.
Les femmes sont plus vulnérables que les hommes aux maladies cardiovasculaires.
56% en meurent contre 46% des hommes.
Malgré ces chiffres, l'infarctus du myocarde est encore sous-diagnostiqué chez les femmes.
En ce qui concerne la dépression, les femmes en souffrent deux fois que les hommes.
Sauf que...
La raison principale n'est pas due aux hormones féminines, comme de nombreux médecins l'ont longtemps prétendu.
Des recherches ont montré que la différence entre les sexes, dans la prévalence de la dépression, varie en fonction de l'environnement socio-économique.
Ceci dit, les retards de prises en charge ou de dépistage sont parfois liés aux normes que les hommes et les femmes ont en tête.
Une récente enquête a montré que les femmes appellent le Samu en moyenne quinze minutes plus tard que les hommes dans des cas d'infarctus.
Ce qui accroît les risques de séquelles.
"Elles se sentent moins concernées par leur santé. Elles la font d'ailleurs souvent passer après leur famille ou leur travail" explique une cardiologue.
"Dans huit cas sur dix, on pourrait éviter la maladie par le dépistage".
Elle déplore que le professionnel de santé ne soit pas davantage sensibilisé à l'abandon des idées reçues.
"Il faut arrêter de croire que, quand un homme s'effondre, il fait un arrêt cardiaque, mais que, quand c'est une femme, c'est un malaise vagal" conclut-elle.
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