08|03 ~ ÉCONOMIE ~ Rester ou ne pas rester en Russie ?
De "Apple" à "Levi's", de nombreuses multinationales américaines ont décidé de suspendre leurs activités en Russie.
À contrario, certaines font encore le choix de rester dans le pays.
Malgré les risques pour leur réputation.
Le responsable du fonds de pension de l'État de New York a envoyé des lettres aux patrons de ces multinationales.
"Ces sociétés doivent se demander si faire des affaires en Russie vaut le risque en cette période extraordinairement volatile" justifie-t-il.
Depuis une dizaine de jours, l'université de Yale tient à jour une liste des entreprises ayant encore une présence significative en Russie.
Et elles sont encore nombreuses : "McDonald's", "Bunge", "Mondelez", "Estée Lauder", "Kimberly-Clark", "Coty".
Pour sa part, "Starbucks" explique que ses 130 cafés basés en Russie appartiennent à un conglomérat koweïtien.
L'entreprise s'engage à reverser toute contribution de son activité dans le pays à l'effort humanitaire en Ukraine.
Selon certains experts, de grandes entreprises peuvent avoir des raisons légitimes de rester.
"Il existe des risques sérieux à l'encontre des Occidentaux actuellement en Russie et ces entreprises doivent faire tout ce qu'elles peuvent pour rapatrier ces gens" indique Richard Painter, professeur à l'Université du Minnesota.
"Certaines entreprises peuvent être hésitantes, car elles pensent pouvoir jouer un rôle d'intermédiaire entre les parties ou produire dans le pays des produits essentiels comme des ingrédients pharmaceutiques" ajoute Tim Fort, professeur en éthique des affaires à l'Université d'Indiana.
"Toutefois, c'est sans doute le bon moment pour choisir un camp et cela ne me semble pas très difficile de le faire, au vu des violations des droits humains et des lois".
D'autres analystes estiment que le départ d'une grande enseigne pourrait "réveiller" les Russes.
Selon eux, une société aussi connue que "McDonald's" peut avoir une réelle influence en Russie au moment où le discours officiel minimise l'ampleur du conflit et que la population n'a presque plus accès à d'autres canaux d'information.
"Les Russes pourront survivre sans Big Mac, mais ils vont surtout se demander pourquoi McDonald's ferme, se demander ce qui se passe vraiment" explique Tim Fort.
Pour Richard Painter, "les entreprises doivent penser au message à faire passer. À savoir que la Russie ne peut pas engager une guerre en Ukraine tout en participant à l'économie mondiale. Avec les sanctions économiques sévères imposées avec un large consensus par les gouvernements occidentaux, c'est le meilleur moyen de traiter avec la Russie".
Pour Mark Hass, spécialiste de communication à l'Université d'Arizona, "les intérêts économiques des entreprises, qui ont choisi de ne pas quitter la Russie, dépassent encore sans doute les risques pour leur réputation".
"Mais, si les réseaux sociaux commencent à vous identifier comme l'entreprise prête à faire du business avec un agresseur autocrate, qui tue des milliers de personnes en Ukraine, alors le problème prend une autre ampleur et peut affecter votre activité bien au-delà de la Russie" conclut-il.
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